Interview : Shûji Sogabe

Pour l'édition anniversaire des 20 ans de Japan Expo, Mana Books a mis Persona en avant. En effet, l'éditeur français du manga Persona3 a invité Shûji Sogabe, mangaka du titre mais aussi de Persona4. Au cours de l'événement, l'artiste a tenu plusieurs séances de dédicaces, sur des ex-libris aux illustrations inédites, spécialement conçues pour la France.

Entre deux séances de signatures, Shûji Sogabe nous a fait l'honneur d'une rencontre, au cours de laquelle il revient sur son travail sur les mangas Persona, mais aussi sur sa passion pour la licence d'Atlus.

En amont de l'interview, Shûji Sogabe s'est montré impressionné par la présence de communautés de fans de Persona en occident. "C'est impressionnant de savoir qu’il y a une communauté aussi importante autour de Persona. Ce n’est pas dans ma nature, mais j’ai beaucoup de respect pour les gens qui arrivent à mettre en place une communauté comme ça, c’est très impressionnant."

Vous connaissiez la série Persona avant de vous voir confier le manga, car vous aviez joué à Persona 3 auparavant. Était-ce un vrai coup de foudre ou juste un jeu que vous avez apprécié parmi tant d’autres ?
 

Shûji Sogabe : Il faut savoir que la série Persona dans son ensemble a, dès ma vie de lycéen, été une œuvre très importante à mes yeux.
 

Oh, dès les premiers épisodes ?
 

Shûji Sogabe : J’ai commencé avec le premier sur PlayStation. A l’époque j’étais en fin de collège, j’avais 15 ans. J’ai découvert la série grâce à un ami qui m’avait prêté le jeu. Pour la première fois, ça sortait de ce qu’on avait l’habitude de voir en fantasy dans le monde du RPG au Japon. J’avais 15 ans mais à travers ce jeu, j’avais l’impression de voir ce qui m’attendrait dans quelques années, au lycée, de voir des personnes un peu plus grandes que moi, puisque l’histoire se passe au lycée. Ça a eu un grand impact sur ma vie de collégien.

Ensuite, mes années lycée ont coïncidé avec la sortie du 2e épisode, et j’ai adoré le chara-design de Kaneko, sa façon de travailler. Je me suis intéressé à sa façon de faire et ça a beaucoup impacté ma carrière en tant qu’illustrateur.

Dans une de ses interviews que j’ai eu l’occasion de lire dans un magazine, il parlait de sa façon de penser le design. Quelque chose était révolutionnaire à mes yeux à l’époque : il avait créé pour des personnages qui portent comme uniformes de lycéens une veste classique avec un design et des lignes à la façon d’Adidas. Ça ne se faisait pas à l’époque, ça m’a beaucoup marqué.

Depuis que vous dessinez les mangas Persona 3 et 4, est ce que votre expérience de jeu sur la licence a changé ?

Shûji Sogabe : J’ai, entre guillemets, la chance de ne pas travailler sur le jeu vidéo et de ne pas toucher au scénario. Ainsi, à chaque fois qu’un nouveau Persona sort et que j’y joue, je découvre totalement. Mon regard sur le jeu n’a pas changé à ce niveau là.

Il y a toujours du Persona qui sort en jeux vidéo, que ce soit les épisodes principaux ou les spin-off. Avez-vous l’occasion de suivre l’actualité, de rester à jour ?

Shûji Sogabe : C’est dur de suivre tout ça au fil des années. Il m’a fallu beaucoup de temps pour travailler sur le manga Persona4, donc j’ai eu peu de temps à accorder aux jeux.
 

C’est une excellente chose pour moi qu’ATLUS sorte des jeux Persona qui touchent à des genres différents. Ils restent toujours un peu dans le RPG mais ce serait encore mieux s’ils s’attaquaient à des genres qui ne sont pas du tout les leurs. Par exemple, à mes yeux, un Persona soccer serait très bien. Ou des jeux de dragues avec des histoires d’amour, vu qu’on a des personnages assez classes et beaux. Ça existe déjà un peu dans les jeux Persona, mais en faire un jeu à part entière pourrait être intéressant.

 

Une question sur le manga Persona4, encore inédit en France. Cette fois vous retracez la chronologie du jeu de manière linéaire. Pourquoi ce choix ?

Shûji Sogabe : Tout d’abord, pour parler business et d'un point de vue économique et pragmatique, les personnages qui ont le plus de succès dans Persona4 apparaissent dès le début du jeu. Par exemple le personnage le plus populaire, Yôsuke est introduit dès le départ, ce qui nous a permis de ne pas avoir à revoir l’ordre de l’histoire. Et puis, scénaristiquement parlant, chaque arc implique un personnage et se conclut avant le début d’un autre, ce qui a été très pratique pour créer le manga. Ça a vraiment été très facile de travailler comme ça.

Les noms donnés aux protagonistes dans les mangas sont Minato Arisato pour Persona3 et Soji Seta pour Persona4. Comment ont été choisis ces noms ?

Shûji Sogabe : Vous le savez déjà, mais dans les jeux le héros est incarné par le joueur, c’est pour cela qu’il n’a pas de nom. Donc je n’avais pas envie de donner des noms auxquels j’ai pensé personnellement, que ça ne soit pas de mon initiative, pour ne pas décevoir les fans. Alors, j’ai demandé à ATLUS de me présenter plusieurs options qui pourraient convenir selon eux aux fans du jeu. Ils m’ont donné plusieurs noms et prénoms et moi j’en ai combiné certains pour nommer les protagonistes.

Est-ce que vous vous rappelez de certains ? Est-ce qu’il y avait ceux qui apparaîtront dans les anime par exemple ?

Shûji Sogabe : Non, il n’y en avait pas. Le travail sur l’anime et le choix des noms pour ces adaptations ont été faits de manière totalement différente.

L'espace de dédicace de Shûji Sogabe, à Japan Expo 2019

Pour continuer sur les protagonistes, comme on le disait, ils sont anonymes dans les jeux car ils représentent les avatars du joueur. Comment avez-vous procédé pour leur donner une petite personnalité dans le manga ?

Shûji Sogabe : Au départ pour Persona3, on était plutôt parti sur un personnage un peu emblématique, qui serait aimé par tous les lecteurs. Mais plus on avançait dans cette direction, plus on se rendait compte que ça n’était pas forcément la bonne marche à suivre. Plutôt que d’avoir un personnage fort, il fallait un personnage dans lequel il était possible de s’identifier, pour partager ses questionnements et ses souffrances. Il fallait donc qu’il soit un peu plus effacé, qu’il ne parle pas forcément beaucoup. Que les lecteurs s’imaginent le personnage rien qu’avec ses actions, de manière implicite.

Est-ce que les équipes d’ATLUS, notamment Katsura Hashino, sont intervenues dans l’écriture du manga ? Avez-vous eu l’occasion de les rencontrer ?

Shûji Sogabe : J’ai été complètement laissé à part pour ce travail, on m’a juste dit « on compte sur toi » et « merci pour le travail » à la fin. J’ai eu un total libre arbitre.

J’ai choisi de travailler sur une ligne très respectueuse du jeu vidéo avec le manga. Parfois j’ai voulu introduire de nouveaux éléments, mais même là-dessus on ne m’a quasiment jamais opposé de refus. Chaque fois que je voulais faire de nouvelles choses, c’était accepté.

Y-a-t-il eu des séquences des jeux particulièrement difficiles à adapter ?

Shûji Sogabe : le scénario de Persona, qui peut paraître compliqué, est en fait selon moi assez simple à interpréter. Le système de Social Link a été difficile à intégrer au manga parce qu’ils peuvent évoluer différemment selon les choix du joueurs. Nous avons dû y renoncer très vite. Je le regrette un peu, mais ça nous a paru impossible à intégrer tel quel dans le manga

Dans Persona3, c’est toujours le même donjon qui est parcouru tout au long du jeu, alors que dans Persona4 ce sont des donjons différents, un peu psychédéliques. Est-ce que retranscrire ces univers en manga a été difficile ?

Shûji Sogabe : Non, au contraire c’était même plutôt plaisant parce que ça apporte une plus grande variété dans l’esthétique du manga, là où effectivement le donjon de Persona3 est un peu plus monotone.

Pour finir, une dernière question « de fan » : Avez-vous un jeu Persona préféré, et un personnage préféré ?

Shûji Sogabe : (réfléchit longuement) C’est difficile de répondre car ils ont tous leur identité, leurs particularités. J’en aime beaucoup… Et même parmi les jeux si je me limite à Persona 3/4/5, car j’y ai passé beaucoup de temps, c’est compliqué. Ils apportent à chaque fois une nouveauté qui colle parfaitement à l’époque à laquelle ils sortent et aussi aux sentiments qui étaient les miens à ce moment. Je suis aussi sensible à tous les messages qu’ils portent. Donc à chaque fois qu’un nouveau jeu sort, il devient le meilleur jeu qui existe.

On comprend ce point de vue, c’est un peu la même chose pour nous.

Shûji Sogabe : Ça fait quand même maintenant 10 ans que je travaille avec les personnages de Persona3 et 4 et je les aime tous beaucoup, ils me sont très chers.

Remerciements à Shûji Sogabe et à son interprète, Djamel Rabahi. Merci aux éditions Mana Books et à Charlotte Demougin de Games of Com pour l'organisation de la rencontre.

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